|
|
GENEVIEVE BUJOLD
présentation
Il me serait difficile de passer sous silence la grande comédienne Québecoise Geneviève Bujold; celle qui joua avec les plus grands noms d'Hollywood et d'Europe. Pour n'en nommer que quelques-uns; Yves Montand, Ashley Judd(Hollywood) K.D. Lang(Canada) Clint Eastwood (Hollywood) Gene Hackman, Geraldine Chaplin, Christopher Reeves, Michael Douglas, James Caan, Jean Paul Belmondo (Europe) Ava Gardner, Katherine Hepburn, Richard Burton et plusieurs autres. Elle joua aussi avec les plus grands artistes et comédiens Québecois.
Elle est toujours active. Elle est née à Montréal le jour de la Fête du Canada, le 1 juillet 1942. C'est malheureux que quelques-uns de nos jeunes ne la connaissent pas car elle a représenté et représente toujours le Québec par sa grande notoriété dans le domaine du cinéma et artistisque.
Vous trouverez ci-dessous une entrevue qu'elle a donné en 2002 à Luc Perreault du journal La Presse, et, qui résume bien sa carrière artistique et son côté personnel. Cette page se veut un hommage à cette grande comédienne du Québec.
|
 
Geneviève Bujold, antistar
Luc Perreault
La Presse
La comédienne Geneviève Bujold.
Celle qui fuit d'habitude les interviews nous a fait cadeau cette semaine
de sa présence. Attablée dans un restaurant d'un chic hôtel
de l'ouest de la ville, Geneviève Bujold se livrait ce jour-là
avec un abandon touchant. Authenticité, simplicité et naturel
ont toujours été sa marque distinctive. Mais avec les années,
ces qualités prennent chez elle toujours plus de relief. Elle fuit
tout ce qu'elle appelle le kit glamour. Cheveux poivre et sel, maquillage
discret: elle est l'antistar par excellence.
Elle sait jauger à sa façon chaque rôle qu'on lui propose.
Dans La Turbulence des fluides, elle incarne une religieuse défroquée,
Colette, un rôle que plusieurs pourraient considérer comme mineur.
Mais pas elle.
«Ce n'est pas le film de Colette mais Colette est essentielle au film.
Sans ça, je ne l'aurais pas fait», assure-t-elle.
Quand Roger Frappier, qu'elle connaît depuis longtemps, lui a adressé
ce scénario, elle a été immédiatement conquise.
«C'était une invitation que je ne pouvais pas refuser, d'autant
plus que je ne connaissais pas la côte Nord.»
Née à Montréal de parents gaspésiens, elle voyait
dans cette ex-religieuse l'occasion de revivre une part de son passé.
Elle a fréquenté pendant onze ans le couvent d'Hochelaga, démoli
depuis.
«J'ai découvert là la beauté, le silence, la solitude.
Je peux passer des journées sans parler. Pas parce que je ne veux
pas parler. Mais c'est comme ça que je trouve mon équilibre,
une espèce de calme et de relaxation.»
Mystérieuse Bujold. On la dit secrète sur un tournage, ne parlant
à personne, mangeant en retrait des autres. Elle a refusé de
rencontrer Pascale Bussières avant le premier jour du tournage.«Ça
me semblait normal, argue-t-elle: la première fois que je la vois,
je suis censée me rappeler quelque chose.»
Jamais acquis
Chacun a sa méthode. Celle de Bujold est unique. La préparation
d'un rôle occupe une part très importante de son travail. Elle
s'y jette corps et âme. Elle peut passer des mois à préparer
un rôle. Elle adore ça. Sur le plateau du film de Manon Briand,
elle est arrivée avec toute une série de questions.
«Quand j'arrive sur un plateau, je suis tellement bien préparée
que ça me donne la liberté de tout balancer. L'angoisse est
ailleurs. Même aujourd'hui, je me dis toujours que ça ne viendra
peut-être pas, ce rôle, puis ça vient tout le temps. Ce
n'est pas un manque de foi. Mais je ne prends jamais un rôle pour acquis.
Il faut que je fasse mes devoirs.»
Allongée dans son lit, dans son ranch de Malibu où elle vit
depuis que ses deux grands garçons ont quitté la maison, elle
plonge dans le scénario et dévore tout ce qu'elle a pu se procurer
sur le sujet, à l'affût de ce qui pourrait la nourrir.
Pour la Turbulence, elle a fait retirer la réplique d'une religieuse
insinuant qu'elle s'était «fâchée avec le patron
d'en haut».«Dans mon coeur, confie-t-elle, elle ne pouvait pas
avoir perdu la foi mais, comme avec un amant, sans cesser de l'aimer, faire
un coup et partir.»
Chaque détail de son costume dans le film, c'est elle qui l'a choisi,
à l'exception d'une veste qu'elle trouvait en accord avec son personnage.
Quant à la croix qui pend à son cou, c'était aussi son
idée: sa nièce la lui avait offerte, une croix toute simple,
un peu brillante mais dépouillée, sans Jésus.
«J'ai pensé qu'elle avait pu l'acheter après avoir quitté
le couvent: elle ne pouvait s'en empêcher.»
Geneviève Bujold n'a jamais fui le Québec. Elle n'a jamais
renié ses racines. Au contraire, chaque fois qu'elle le peut, elle
apporte une touche du Québec à un film étranger. En
novembre dernier, juste après les événements que l'on
sait, elle a campé une travailleuse sociale qui tient une maison d'accueil
dans un film se déroulant parmi les délaissés et les
jeunes drogués new-yorkais, Downtown A Street Tail.
«Comme il y a des Latinos et des Noirs dans ce film, j'ai convaincu
tout le monde qu'elle devait venir du Québec. Elle s'appelle Aimée
Lévesque... un petit clin d'oeil intérieur.»
Trouver sa voix Lorsqu'elle tournait en France auprès d'Alain Resnais,
Louis Malle et Philippe de Broca, la tentation était forte de prendre
l'accent français. Ç'aurait été une erreur, estime-t-elle
aujourd'hui. «On ne peut plus jouer «à la française».
Pour moi, du moins. Je veux bien qu'on parle un français approprié.
Mais il faut garder sa propre voix, trouver la voix du personnage.»
Alain Resnais -»cette espèce de moine»- lui avait donné
un conseil: «Il faut aller au bout de vos mouvements.»
«Cette phrase-là est avec moi à jamais», confesse-t-elle.
Elle s'estime chanceuse d'avoir tourné auprès d'Alan Rudolph,
Brian De Palma, Paul Almond, Michel Brault et David Cronenberg. «Pour
chaque film que l'on fait, il y a quelque chose à apprendre. Il y
a un échange. Tu peux ne pas être d'accord, mais chaque nouveau
film te fait penser, te fait avancer.»
Elle évoque la fois, en 1989, où elle était partie de
Malibu pour Melbourne avec son petit baluchon faire Jeanne au bûcher
d'Honneger d'après Claudel, unique occasion pour elle de renouer avec
la scène. Cette scène, sa première passion, elle n'a
jamais pensé qu'elle l'abandonnait.
Son départ du Québec non plus, elle ne le juge pas comme un
abandon. Après Anne of the Thousand Days tourné en Angleterre,
son producteur, Hal Wallis, a voulu répéter l'expérience
avec Mary Queen of Scots.
«À cette époque, j'étais en amour. Je ne voulais
pas aller faire une autre reine. J'avais un contrat de trois films. Ils m'ont
poursuivie. Alors je suis allée faire
Earthquake. Installée à Los Angeles pour trois mois, la vie
m'a prise en mains. Je me dis parfois: «Si je n'avais jamais quitté
Montréal...» Mais j'avais à aller faire ce film. On ne
décide pas de beaucoup de choses.»
René Lévesque fut de ses amis, tout comme Gérald Godin,
Pauline Julien et Gaston Miron. Fervente nationaliste, elle arborait ce jour-là
un discret t-shirt fleurdelisé.
«Je suis une étrangère aux États-Unis, tranche-t-elle.
Je suis en exil. Je ne suis pas née là. Je suis chez moi juste
avec ma famille, à Malibu. Aussi est-ce toujours une joie pour moi
de revenir au Québec où j'ai mon frère et ma soeur.
Montréal, c'est ma ville, une vraie ville, alors que je vis à
la campagne.»
Là-bas, elle ne sort pas beaucoup, va très rarement au cinéma,
et préfère la lecture. «Je suis plus une femme d'intérieur,
au propre comme au figuré. Où ça se passe pour moi,
c'est ou bien sur une scène ou devant la caméra. Là,
je suis comme dans mon église. Je me sens safe. Mon rapport avec la
caméra est spirituel. C'est l'oeil de Dieu: tout est permis.»
Après avoir assuré le commentaire bilingue d'un documentaire
sur la guerre alimentaire d'un réalisateur de Sherbrooke, Mario Desmarais,
on la verra prochainement dans Finding Hours sous la direction de Lawrence
Foldes, un film tourné dans le Maine il y a deux ans. Mais son prochain
défi, le mois prochain, s'intitule Jericho Mansions. Elle y retrouvera
James Caan avec lequel elle avait tourné sous la direction de Lelouch
Un autre homme, une autre chance. Ce rôle qui ne ressemble à
rien de ce qu'elle a fait jusqu'ici la plonge déjà dans un
état de délicieuse anxiété.
|
|
|
|