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Music - Massenet (style midi )
Amis, Romains, Citoyens . . .
J'avais environ six ans lorsque je suis allé pour la première fois, en voyage avec mon père. Nous étions accompagnés de mon grand-père Sinclair, pour un voyage vers le Pôle Nord.
C'était une destination impressionnante mais, encore mieux, j'allais pouvoir passer un long moment auprès de mon père car, à Ottawa, celui-ci travaille très fort.
Un jour, nous étions à Alert, un avant-poste militaire canadien dans l'Actique, où semble-t'il, il n'y avait que quelques bâtiments et entrepôts.
Soyons honnête!. J'avais 6 ans. Il n'y avait aucun frères avec qui jouer et je commençais à m'ennuyer un peu car papa avait amener du travail avec lui.
Je me souviens d'un certain après-midi glacial quand on m'installa emmitoufflé dans un Jeep et que l'on se pressa pour une mission ultra-secrète. Je me disais qu'enfin on allait me dire la raison de l'existence de cette base secrète dans l'Actique.
J'avais raison
Nous nous avançâmes lentement à travers les bâtiments. Tout était gris et venteux. Puis nous tournâmes un coin et nous nous sommes approchés près d'un immeuble rouge...Nous avons arrêtés. Je descendis de la Jeep et je m'avançai dans la neige vers la porte d'entrée. ....Alors l'on me dit, non, non, va vers la fenêtre.
Ensuite je grimpai sur le banc de neige et l'on me hissa vers la fenêtre. J'essuyai celle-çi avec ma manche pour voir ce qu'il y avait à l'intérieur, et, comme mes yeux s'habituèrent à voir à travers cette buée, j'ai vu un personnage, assis ‡ une table de travail, et qui portait un habit rouge bordé d'une fourrure en blanc.
C'est à ce moment que je compris à quel point mon père était un homme puissant et magnifique!
PIERRE ELLIOTT TRUDEAU!! Ces mots portent tant d'éléments en eux: un professeur, un intellectuel, un homme d'État, un adversaire, un aventurier amoureux du plein-air, un avocat, un journaliste-auteur et un premier ministre.
Mais plus que cela, pour moi, c'était papa; et quel papa!!!
Il nous a aimés, il nous aimait passionément et il était dévoué envers nous.Il nous a appris à croire en nous, à nous tenir debout, à rester fidèles à ce que nous sommes, à nous connaitre et à accepter d'être responsables de nous-mêmes.
Nous savions que nous étions les enfants les plus heureux du monde et qu'en fait, nous n'avions rien fait pour le mériter. C'était plutôt quelque chose qu'il nous faudrait mériter en travaillant dur, nous aussi, jusqu'à la fin de nos jours.
Il nous a donné beaucoup d'outils. Il nous a donné beaucoup en nous apprenant à ne jamais rien prendre pour acquis. Il nous aimait beaucoup mais sans exces.
On a souvent dit de lui qu'il n'acceptait pas les sottises et, bien que je doive vous dire que c'est vrai, il a été infiniment patient avec nous. Il nous a encouragé à tester nos limites et à défier tout obstacle, toute personne, homme ou femme, qui se placerait sur notre chemin. Il y avait toutefois des principes de base qu'il ne fallait jamais remettre en question. Comme je crois que pour la plupart des enfants en troisième année, c'est toujours un réel plaisir d'aller visiter son père à son travail.
Lors d'une visite de ces visites et dans une occasion particulière, nous étions allés déjeuner au restaurant du Parlement. Ce restaurant me semblait terriblement important et plein de personnes sérieuses que je ne reconnaissais pas.
Mais à huit ans, j'avais déjà un peu conscience de la politique et j'avais reconnu au moins un homme comme adversaire politique de mon père. Espérant plaire à mon père, j'ai fait une plaisanterie au sujet de cet homme...c'était quelque chose de simple, une blague d'écolier, mais mon père m'a regardé fermement!!! un regard que j'ai appris ‡ reconnaitre!!!et m'a dit
"Justin on n'attaque jamais l'individu. On peut être en désaccord complet avec quelqu'un sans pour autant le dénigrer."
Ce disant il s'est levé, m'a pris par la main et m'a emmené rencontrer cet homme. C'était un gentil monsieur qui mangeait avec sa fille, une jolie blonde un peu plus jeune que moi.
L'adversaire de mon père m'a parlé amicalement et c'est alors que je compris qu'avoir des opinions différentes de celles d'une autre personne n'empêchait aucunement de porter le plus grand respect à cet individu.
"Parce que la simple tolérance n'est pas assez; il faut un respect réel et profond de chaque être humain, peu importe ses croyances, ses origines et ses valeurs."
C'est ce que mon père exigeait de ses fils et c'est ce qu'il exigeait de notre pays. Il l'exigeait par amour; amour de ses fils, amour de son pays.
C'est pour ça que nous l'aimons tant. Ces lettres, ces fleurs, la dignité des foules venant dire "Adieu", tout cela le remercie de nous avoir tant aimés. Les croyances fondamentales de mon père concernant la primauté de l'individu ne venaient pas de ses lectures philosophiques, elles étaient enracinées dans son amour réel et profond et dans sa foi envers les Canadiens et les Canadiennes.
Au cours des derniers jours, chaque carte, chaque rose, chaque larme, chaque pirouette était un peu de cet amour que nous lui portions. Cela représente le monde pour Sacha et moi. MERCI.
Nous sommes rassemblés ici, de partout au pays, d'un océan ‡ l'autre, unis par le deuil, pour lui dire Adieu.
Mais il ne s'agit pas d'une fin. Il laissa la politique en 1984, il est revenu, lors des négociations de Meech et Charlottetown. Il revint pour nous rappeler qui nous sommes et de quoi nous sommes capables.
Il ne reviendra plus. C'est à nous maintenant et chacun de nous d'assurer sa succession.
Les bois sont ravissant, sombre et profond. Il a respecté ses promesses et méritÈ son sommeil. |
Je t'aime Papa

Décès de Pierre Elliott Trudeau
Jeudi le 28 septembre 2000
Pierre Elliott Trudeau, sans contredit l'un des politiciens les plus marquants
de l'histoire du pays, est décédé à Montréal
en après-midi,ce 28 septembre 2000, À trois semaines de son 81e anniversaire, l'ancien
premier ministre qui a dirigé le Canada pendant plus de 15 ans souffrait
du cancer de la prostate et de la maladie de Parkinson. En début d'année,
une pneumonie avait mené à son hospitalisation. Selon des proches
de M. Trudeau, il ne s'était jamais vraiment remis de cette infection,
pas plus que du décès de son plus jeune fils, Michel, survenu
dans des circonstances tragiques il y a deux ans. Il laisse dans le deuil
ses enfants Sacha, Justin et Sarah Elisabeth.
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